La musique est un langage

Merci d’être venus si nombreux à cette conférence sur la musique.
Nous disserterons, aujourd’hui, sur le thème ; la musique est un langage.

Il est rare de pouvoir regrouper autant de personnes autour d’un tel sujet, c’est pourquoi je vous remercie chaleureusement une nouvelle fois, tous les sept, de vous être déplacés jusqu’à cette magnifique… Cette magnifique… remise. Ce cagibi, que la mairie de Saint-Bouseux sur Aigu a bien voulu nous louer à un prix exorbitant.

Donc. La musique est un langage. Vaste sujet.
Comment l’aborder ?

Si vous me le permettez, je dirai que si la musique est un langage, c’est qu’elle a des messages à nous faire passer. Par messages, j’entends n’importe quelle pensée qui pourrait germer dans l’esprit d’un individu et qu’il désirerait transmettre à autrui. Il n’est pas nécessaire de vouloir transmettre un message universel chaque fois qu’on aligne trois notes sur un piano désaccordé dans le salon de sa grand-mère.
Ces trois notes, négligemment tapotées au cours d’une conversation sur votre mariage qui n’arrive jamais, sur votre absence de relations amoureuses suivies alors que vous ramez déjà depuis des mois pour sauter la boulangère qui commence même à refuser de vous vendre du pain et que vous n’avez pas eu l’opportunité de dégrafer un soutien-gorge depuis la fois ou votre sœur avait un bras cassé et ne pouvait pas le faire elle même ; ces trois petites notes là, dis-je, peuvent très bien vouloir dire : « Mamie, sauf votre respect, veuillez cesser de vous préoccuper du sort de mon annulaire gauche et mettre le votre là où, probablement, vous perdriez votre alliance si vous suiviez mon conseil. »
Ré – Si – La bémol.
Vous voyez qu’il ne s’agit pas, ici, de lancer à la face du monde, un message de paix et de tolérance et pourtant, la musique a transmit un message. Ré- Si –La bémol : « Mamie etc. »

Considérons, donc, qu’il n’est besoin d’envisager ni une musique élaborée, ni un message complexe pour prétendre que la musique véhicule des idées. Avec la plus simple des mélodies et la plus triviale des notions, on peut vérifier le constat que la musique est un langage.

Alors, bien sûr, on va très vite être obligés de considérer la musique ornée de texte.
Prenons le parti de négliger le texte pour ne nous intéresser qu’à la musique qui l’accompagne. D’abord parce que les langages que je qualifierai de « traditionnels » ne sont pas notre propos, ensuite parce qu’à mon sens, la musique se suffit à elle même et enfin car il peut arriver que le texte et la musique transmettent des messages antagonistes : prenons pour exemple la chanson « Aux armes etc. » de Serge Gainsbourg. Le texte appelle au soulèvement national, au patriotisme, au combat… Alors que la musique énonce clairement : « fais tourner le joint, j’ai les yeux qui sont en train de se rouvrir, je vais encore être obligé de me servir un Ricard. »

Voilà. Voilà l’exemple parfait d’une musique et d’un texte qui ne s’accordent pas sur le sens du message qu’ils véhiculent.

Maintenant que nous nous sommes mis d’accord sur la signification des notions que nous allons aborder aujourd’hui. Commençons. Commençons à rêver.

Nous pourrions imaginer que tout un chacun connaisse le langage musical et ses règles et qu’il soit le plus naturel du monde de s’exprimer, en musique, pour faire passer des renseignements. Imaginons que quelques notes, une mélodie ou une harmonie trahissent des sentiments, des rancoeurs, des préoccupations.

Ce pourrait être pour des choses très pratiques, par exemple, en voiture. Des avertisseurs sonores qui, selon la mélodie choisie, signifieraient : « Otes toi de là gros porc, la voie pour les bousins au charbon, c’est à droite », ou bien : « la priorité à droite, tu peux te la mettre à la place de ton annulaire gauche » ou encore : « Démarre espèce de daltonien, le feu vert, c’est celui qui est en bas. »

Il nous est, d’ailleurs, permis de constater, qu’en ce qui concerne les avertisseurs d’automobiles, l’expérience a déjà été tenté et avec réussite.
Quiconque entends, aujourd’hui, un klaxon Italien chanter la cucaracha comprends aussitôt : « Je suis un gros beauf au volant d’une voiture vaguement sportive et malgré mon look de ringard, je suis tout disposé à finir la nuit avec une fille facile dans ma garçonnière à moquette zébrée. »

Ce « code » musical, si je puis m’exprimer ainsi a été adopté depuis quelques décennies déjà et plus personne n’entend cette mélodie sans imaginer une voiture rouge décapotable avec un moustachu à ray-ban devant.

Voilà pour les pensées les plus simples et les plus instinctives, correspondant à des situations triviales.

Qu’en est-il des scènes de la vie qui font appel à des sentiments à la fois plus complexes et plus distingués. Comment parlerions-nous d’amour en musique. De façon concrète, s’entend. Il est, bien entendu, courant de composer ou de faire jouer une mélodie doucereuse pour exprimer son transport mais… Pour divulguer la réalité de ses sentiments, leur particularité. Les notes pourraient, là encore, nous être utiles. À nos risques et périls d’ailleurs. Car, dans nos cerveaux et dans nos cœurs, les plus belles pensées étant si proches de nos plus bas instincts… La moindre erreur dans notre écriture serait fatale. Quand on veut dire « je t’aime » à notre bien aimée. Je te veux pour toujours. Un dièse en plus, un bémol qui traîne. Un silence ou une double croche qui font défaut. Et voilà qu’en guise de déclaration, on invite tout bonnement notre cher et tendre au coït anal, ce qui peut-être, très mal interprété et nous valoir une réponse cinglante qui s’affranchit totalement des règles de la musique traditionnelle et c’est là, qu’intervient souvent, la musique atonale. Cette musique dissonante et désarticulée dont nous parlerons un autre jour.

Mais au même titre que les termes : acculer, baiser, nyctalope, chatte… présentent certains dangers dans le langage courant… La musique peut, également, être équivoque, et celui qui maitrise parfaitement sa théorie sera aussi disert avec des notes qu’un orateur qui connaît parfaitement la grammaire et la syntaxe, si tant est que son interlocuteur ne soit pas du genre à rire comme une baleine quand une femme mange une banane.
Oui, les règles doivent être connues aussi des récepteurs…

Ce sera le sujet de notre prochaine conférence : un bon récepteur doit-il nécessairement capter les grandes ondes ?

Merci à vous et à très bientôt.

 

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