Les batteurs ne sont pas des musiciens

Je vais vous narrer une anecdote cocasse que j’ai eu l’occasion de vivre récemment dans une salle de répétition et qui prouve, s’il en était encore besoin, que les batteurs ne sont pas des musiciens.

Nous discutions, mon batteur et moi, de l’opportunité de retomber ensemble à la fin d’un break un peu long, sur le début de la mesure suivante. Mon opinion était que le morceau gagnait en vivacité si, comme depuis le début de la répétition, j’attaquais ladite mesure un chouias après le reste de mes comparses qui n’étaient pas de cet avis et essayaient de me persuader, par l’intermédiaire du percussionniste, qu’il était préférable de reprendre la mesure tous au même moment.

Leur rigidité m’assommait et j’avais bien du mal à faire entendre ma raison à ces entêtés qui ne jurent que par la loi du métronome. Impossible de leur faire comprendre l’intérêt d’un zest de liberté dans l’interprétation des classiques. Visiblement à court d’arguments, l’homme aux baguettes m’interpela en ces termes :

« Mec, c’est un morceau en 4/4, ya pas plus binaire. Tu comptes jusqu’à 4 et tu repars sur 1 et c’est tout. Écoute, le break est en doubles croches, ça fait 4 par temps, au bout de la seizième on repart tous ensemble sur le couplet et c’est marre ! »

Vous me serez témoin que ce langage de sauvage est parfaitement incompréhensible et tout à fait inadéquat pour décrire la musique. Cet énergumène mélangeait les mathématiques et la musique et c’était moi l’original !

Comprenant que son argumentaire ne tenait pas, Paul (appelons le par son prénom, j’en ai marre de chercher des synonymes de « batteur ») proposa de reprendre la partie du morceau qui nous occupait, histoire de se faire une idée, en me demandant de bien vouloir souscrire à son opinion au moins une fois. J’acquiesçai et au bout d’un nouveau décompte nous entamâmes le refrain précédent le fameux break.

Soucieux de bien faire, j’essayais de prêter attention à ce que faisait le batteur afin de m’accorder avec lui. Je le voyais bien battre l’air et ses tambours de ses baguettes mais aucun son ne sortait de ses futs. Il me regardait, l’air hébété, ses cheveux bizarrement soufflés vers l’arrière de son crâne.  Quand arriva le break, je tentai de compter le nombre de coups qu’il donnait sur les peaux mais visiblement, je ne parvins pas à reprendre le couplet en même temps que les autres car Paul laissa retomber ses bras en prenant une mine maussade. J’arrêtai donc de jouer et ses cheveux reprirent leur allure normale.

« Je sais, dis-je, je ne m’entends pas assez bien, je vais monter un peu le son de mon ampli pour y remédier, ça ira mieux après ». Je pris l’échelle pour aller monter le niveau du volume sur la tête d’ampli Mesaboogie 150 watts, juchée au dessus de ses trois baffles 4×12 pouces. Pour une salle 15 mètres carrés, il faut au moins ça. Quand je rejoignis le plancher des vaches, mes compagnons avaient la mine inquiète. Je plaquai un accord pour vérifier la tonalité de la guitare et, je ne sais pour quelle raison, la caisse claire de la batterie s’arracha à son socle pour rejoindre les boites d’œufs collées sur le mur.

« Attends, dis le bassiste, le mieux c’est qu’on le joue une fois sans toi pour que tu comprennes, ensuite on le refera ensemble mais par pitié, baisse le son de ce fatras, j’entends les murs qui craquent ». On dit que dans un groupe de rock, le bassiste n’est là que pour expliquer au batteur. Je commence à comprendre pourquoi, il semble que ces deux là s’entendent sur leur crétinerie. Je n’essayai même pas d’expliquer à ce dernier comment et pourquoi mon ampli sonne mieux avec le volume au maximum et remontai sur l’échelle pour exécuter son souhait.

Ils reprenaient, sans, moi, le morceau et retombaient désespérément ensemble au début du couplet, l’air ravi du triomphe de leur rigorisme.

« Allez, avec toi maintenant »

Souhaitant leur faire plaisir je fit de mon mieux pour les imiter mais ma sensibilité m’empêchait toujours, au dernier moment, de rentrer dans le moule, j’avais beau essayer d’être médiocre, comme eux, ma virtuosité l’emportait.

Furieux d’être obligés de reconnaître ma supériorité, ils ont préféré me chasser séance tenante en arguant que je ne comprenais rien à la musique. S’entendre dire ça par un mathématicien… Ça ne manque pas de sel.

J’appelai donc les « déménageurs bretons » pour venir enlever mon matériel, qui est bien mieux dans ma chambre. L’ampli a le don de rendre inaudibles les mots de mes parents qui viennent m’invectiver pour je ne sais quelles raisons quand je joue.

Vive les watts.

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